Compte Rendu - European Regional Meetings of IFATCA
Mercredi 1er novembre 2006, par , // La Communication
Le 23ème Meeting Européen Annuel IFATCA s’est déroulé du 20 au 22 octobre 2006 à Sofia, en présence de contrôleurs aériens issus de 45 Etats.
Le premier sujet abordé était le Ciel Unique Européen, en particulier SESAR (Single European Sky ATM Research), programme destiné à moderniser et harmoniser l’ATM en Europe. Les objectifs de SESAR sont de tripler la capacité, diviser les coûts par deux, multiplier la sécurité par dix, et réduire l’impact environnemental de 10%. La phase de définition en cours doit permettre de produire un « ATM Master Plan » en 2008. Elle comprend 6 étapes importantes (milestones) avec publication de « deliverables » (D1 à D6). Le D1, qui consistait à analyser la situation actuelle et définir le chemin à suivre pour moderniser le système, a été publié en Juillet 2006. Le D2 devant définir les obligations en terme de performance du futur système ATM a été publié en Décembre 2006. La partie la plus importante, le D3, sera publiée entre Juillet et Septembre 2007 et définira le futur concept ATM. IFATCA est impliqué dans ce projet puisque la fédération participe au Work Package 2.2 (ATM Network Concept of Operations), en particulier les tâches 2.2.2 (définition des opérations ATM basées sur le nouveau concept, remaniement des espaces aériens) et 2.2.3 (identification des fonctions ATM et des procédures associées).
Les informations sont disponibles sur www.sesar-consortium.aero
Dans le cadre du Ciel Unique, la Commission Européenne impose des conditions à remplir pour le contrôle du niveau d’anglais. Eurocontrol a produit un modèle de test qui répond à ces exigences, l’ELPAC (English Language Proficiency). Ce modèle comprend deux parties : une partie écoute qui inclut des situations aéronautiques et des accents variés, et une partie conversation basée sur un contexte. Deux testeurs doivent être présents, l’un prenant des notes et l’autre participant à la discussion. Ce modèle est en cours d’essai (trois essais ont déjà été accomplis, les prochains auront lieu en Mars 2007). Il faut d’ailleurs rappeler que les Etats ne doivent pas nécessairement reprendre l’ELPAC mais simplement répondre aux exigences de la Commission, parmi lesquelles figurent les deux parties écoute et conversation.
Les informations sont disponibles sur www.elpac.info
Dans le domaine de la formation, Eurocontrol propose également un service d’ « e -learning », présenté par M. Max Bezzina (Eurocontrol Institute of Air Navigation Services). En effet des cours libres sont ouverts à tout ressortissant d’un Etat membre d’Eurocontrol, les modules proposés couvrant aussi bien la formation générale que la formation continue des contrôleurs aériens. Parmi les activités e-learning, Eurocontrol met gracieusement à disposition des prestataires européens une plateforme d’apprentissage, le LMS (Learning Management Server), qui propose toute une gamme de modules de formation et de « rafraîchissement ». A partir de ces modules, les ANSP créent ensuite des cours adaptés à leurs étudiants et sont dès lors responsables de la mise à jour et de la gestion de cet outil. Toutefois et sur demande des prestataires, Eurocontrol fournit des conseils sur la mise en place et l’utilisation des modules et du LMS.
Cette formation en ligne est accessible sur elearning.eurocontrol.int
Parmi les différents projets menés par Eurocontrol, l’APR (Airport Operations Programme) présenté par M. Eric Miart est le programme phare dans le domaine des opérations aéroportuaires. Il comprend la prévention des incursions de piste (European Action Plan for the Prevention of Runway Incursions), le CDM ou Collaborative Decision Making (mise en commun d’informations sur les mouvements d’aéronefs), l’A-SMGCS ou Advanced Surface Movement Guidance and Control System (identification radar ininterrompue sur l’aire de manœuvre et détection des conflits sur la piste), l’Airport Airside Capacity Enhancement and Planning (meilleure planification pour une meilleure utilisation de la capacité). L’APR 1 est terminé et la deuxième phase débute cette année pour s’achever en 2009.
Concernant les aérodromes à faibles mouvements, des projets sont également en cours comme le très controversé Remotely Operated Tower (ROT) ou tour de contrôle à distance, actuellement développé en Suède et présenté par Mme Carin Holtzin Kjellander (LFV). Des caméras permettant une vision nocturne seront installées sur les terrains concernés, et les images seront retransmises sur des écrans placés dans un centre appelé Remote Tower Center. Ce centre regroupera plusieurs unités de contrôle pour plusieurs aérodromes à faibles mouvements, et sera situé dans un endroit sans limitations géographiques. La prochaine étape est l’Advanced Remote Tower : des capteurs plus sensibles seront installés, et en situation de brouillard ou de nuit le contrôleur visualisera sur son écran une image générée par ordinateur. Cette présentation a donné lieu à un débat, les contrôleurs présents émettant des doutes sur le bien-fondé de ce concept. De plus une expérience similaire en Allemagne a déjà échoué et donné lieu au retrait du projet par le directeur de la DFS.
La DFS a connu également un autre revirement de situation, la décision du président allemand Horst Köhler d’annuler la privatisation du prestataire. Cette décision redonne de l’élan pour faire face au modèle compétitif préconisé par la Commission Européenne. Ainsi les syndicats et associations professionnelles de 7 pays (France, Italie, Allemagne, Suisse, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) ont développé un projet coopératif nommé MOSAIC, dont le but est à terme de créer un prestataire unique au-dessus de leurs espaces (du sol à illimité), sous la tutelle de leurs ministères des transports. Le service fourni serait un service européen d’intérêt général alimenté par les redevances et les subventions d’état, et les contrôleurs auraient le statut de fonctionnaires européens. Dans l’ensemble ce projet est bien reçu, mais reste encore la validation par les Etats concernés (en ce qui concerne la France, la signature définitive de la dernière version du protocole avalise MOSAIC).
La dernière partie de la conférence, consacrée aux présentations des associations membres, permet d’avoir un aperçu des différentes conditions de travail à travers l’Europe. Ainsi certains Etats font appel à des contrôleurs étrangers (l’Autriche par exemple embauche entre autres des contrôleurs roumains et hongrois), d’autres achètent la formation de contrôleur aérien à des sociétés comme DFS (c’est le cas de l’Estonie où la DFS forme des contrôleurs aériens en 6 mois, sans prérequis dans le domaine), d’autres rendent compte d’un âge de départ à la retraite très avancé et de pensions quasi-inexistantes. La plupart des associations font état d’un manque de personnel actuel ou à venir dans leurs pays respectifs (départs à la retraite des baby-boomers), allant jusqu’à 25% dans certains cas. IFATCA possède dans le domaine professionnel un document de travail nommé Information handbook (IHB), qui compile les informations sur les conditions de travail, salaires, recrutement, formation, départs à la retraite dans les Etats européens et dont la mise à jour dépend des associations membres.
La conférence européenne s’est achevée sur ces présentations. Elle a donné l’occasion de s’informer et de s’interroger sur des sujets aussi différents que la responsabilité pénale du contrôleur aérien, le concept de la tour de contrôle à distance, le contrôle du niveau d’anglais, ou encore les conditions de travail à travers l’Europe.
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