GT DO CISM
Mardi 12 janvier 2010, par // Le C.I.S.M.
Aix en Provence, le 06 janvier 2010.
GT DO CISM.
La FATCOA a toujours défendu la mise en place d’un système de gestion du stress après incident critique (CISM : Critical Incident Stress Management) basé sur l’intervention de pairs. Après avoir rencontré en mai 2009 les organisations syndicales pour leur expliquer le concept (et obtenu leur soutien unanime), nous avons sollicité du DO de l’époque (Mr Maurice Georges) la création d’un GT spécifique sur le sujet. Notre demande a été entendue et ce groupe de travail s’est réuni trois fois cette année. La FATCOA était présente lors de la deuxième réunion de ce GT à titre d’expert invité. Un différent avec une organisation syndicale sur un tout autre sujet nous empêche malheureusement de siéger actuellement à titre d’expert permanent (il faut en effet bénéficier du soutien de toutes les OS pour accéder à ce statut) et de participer ainsi à toutes les réunions. Pas facile d’être « exclu » d’un GT dont on est à l’origine de la création mais nul doute que chacun sera reprendre raison et que nous saurons rapidement dépasser les querelles infructueuses et travailler à nouveau ensemble dans l’intérêt de la profession dans son ensemble.
Cette deuxième réunion a été l’occasion pour la FATCOA de présenter le CISM basé sur l’intervention de pairs (présentation PPT disponible sur notre site internet : www.fatcoa.com) et ses avantages tant pour les contrôleurs que leur administration.
Pour faire court, le pair est une personne de confiance, idéalement un collègue de travail de même niveau hiérarchique ayant reçu une formation par un professionnel de la santé mentale (notamment une formation à l’écoute), ayant pour rôle de faire une première intervention très tôt après l’incident, à la fois pour aider le contrôleur à formuler un récit technique et pour l’informer sur les différents symptômes qu’il pourrait rencontrer. En effet, bien souvent les contrôleurs n’ont pas conscience de ces symptômes et ne peuvent donc pas spontanément consulter un psychologue. L’objectif d’un tel soutien est d’aider le contrôleur, qui a été acteur ou témoin d’un incident ou accident, à retrouver sa confiance et sa disponibilité d’esprit. Il prévient le phénomène de glissement vers la névrose traumatique. En plus de l’assistance apportée à l’agent sur le plan personnel, le soutien a un impact direct sur la sécurité (incidents dus au stress généré par des incidents antérieurs) mais également un impact économique (coût de la perte d’un contrôleur qui quitte la salle de contrôle).
Ce GT a également été l’occasion pour Philippe BOUGNOUX, adjoint au chef du service exploitation du CRNA/SO de présenter les travaux auxquels il a contribué en 2005-2006.
Ses conclusions sont que tout agent de la DSNA dans un contexte opérationnel, confronté à un événement critique en tant qu’acteur ou témoin devrait pouvoir accéder à un soutien psychologique dans le cadre d’une convention passée entre l’entité DO et une CUMP (Cellule d’urgence Médico Psychologique) ou équivalent.
Si la mise en place d’un système de pair à la préférence de notre association, nous ne la mettons bien évidemment pas en opposition avec l’intervention de professionnels de la santé mentale. En effet, les pairs ne peuvent être formés et encadrés que par de tels professionnels.
Les orientations qui se semblent pour l’instant se dégager de ce GT sont les suivantes :
Le déni du stress est une attitude qui est encore souvent rencontrée suite à un événement critique et qui empêche sa gestion saine. Ainsi, une acculturation à la notion du stress suite à un événement critique dans un contexte opérationnel et aux moyens de soutien à disposition des agents est nécessaire à la DSNA et cela quel que soit les moyens de soutien retenus. Elle passe par de la sensibilisation, de l’information et de la formation de l’encadrement et des agents.
A nos yeux ce point est essentiel tant il est vrai qu’un agent ne peut spontanément rechercher de l’aide pour gérer son stress s’il n’a pas conscience de ce stress et des moyens qui pourrait être mis en œuvre pour lutter éfficacement contre celui ci. Sensibilisation, information et formation sont trois pilliers d’un CISM efficace et doivent se retouver tout au long de la carrière de l’agent : de sa formation ab initio à la formation continue.
Le système de conventions « Type CUMP » ou hôpital des armées ou psychologue clinicien serait à généraliser aux organismes qui n’ont rien à ce jour. Une convention type pourrait servir de base aux organismes qui n’en ont pas encore établie ou qui la renouvelle.
Si nous ne sommes pas opposé à cela, il nous semble cependant primordial de ne pas se contenter d’un tel système que nous n’envisageons qu’en complémentarité de celui des pairs. Le système de pairs permet en effet d’intervenir beaucoup plus tôt après l’incident (dans la demie heure qui suit) ce que ne garantit nullement l’intervention d’une CUMP. Le pair est également à même de d’informer son collègue ayant vécu un incident critique des symptômes qu’il pourrait développer (Difficulté d’endormissement ou sommeil interrompu, irritabilité, difficultés de concentration, flashbacks excessifs de l’événement, hyper vigilance, efforts pour éviter les pensées ou les sentiments associés au traumatisme …) ,de la normalité de ces symptômes (l’apparition de ces symtômes ne fait pas pour autant de l’agent impliqué un « malade mental ») et des moyens à mettre en œuvre pour lutter contre ces symptômes. Il peut également si la situation le nécéssite (accentuation des symptômes, situation de stress dépassé) encourager son collègue à consulter un professionnel de la santé mentale (La CUMP pourrait alors intervenir à ce stade). Encore, les pairs ont une crédibilité de base auprès de leurs collègues de travail et ils partagent une compréhension de leurs activités professionnelles, ce qui n’est pas forcément le cas d’un médecin de la CUMP. Car seul un contrôleur pouvant vraiment comprendre ce qui s’est passé, ce que nous avons ressenti au moment de l’incident, les pairs sont les plus aptes à comprendre le sentiment de culpabilité spécifique à l’ATC, sentiment qui peut exister même si en réalité il ne s’est rien passé. Enfin, et de par sa situation de collègue travaillant au sein de l’équipe, le pair participe activement à l’acculturation des agents aux notions de stress et de gestion de stress.
La mise en place d’un système de pair apparaît pour l’instant comme une démarche ne semblant concerner que les grosses structures. Elle nécessite un fort engagement de l’encadrement et des agents au niveau local.
Un prochain GT CISM devrait permettre de partager l’expérience de collègues de Skyguide ayant mis en place avec succès un tel système. La FATCOA se retournera également vers ses collègues suisses et allemands pour savoir comment ils gèrent le personnel des petites approches au regard du CISM.
Quel que soit le système de soutien mis en place, son suivi et son évaluation régulière sont indispensables pour pouvoir le maintenir ou le réajuster afin qu’il réponde efficacement au besoin.
La FATCOA veillera particulièrement à ce point qui faisait jusqu’à lors cruellement défaut.
Avec l’espoir de pouvoir rapidement accéder au statut d’expert et siéger de manière permanente à ce GT dont, nous le rappelons, nous sommes à l’origine de la création, la FATCOA œuvrera à la mise en place d’un système national harmonisé et efficace de gestion du stress après incident critique, et ce dans l’intérêt des personnels opérationnels. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés des évolutions de ce GT.